Il était une fois un homme nommé Yacoub. C'était un homme de tempérament heureux, toujours de bonne humeur et le sourire aux lèvres. Cependant, il voyait qu'autour de lui, quand il se promenait dans sa ville, Vienne, il voyait des gens aux visages fermés, tristes, ne souriant jamais. Attristé pour eux, il se mit à leur sourire, à les saluer dans la rue, toujours poli et affable, levant haut le chapeau; mais jamais personne ne lui répondait.
"Que puis-je faire pour les rendre heureux?" se demandait-il.Et il eut soudain une idée merveilleuse.
"Je vais leur raconter des histoires, des histoires gaies et belles, ça les rendra heureux à coup sur! Tout le monde aime les histoires."
Ainsi, Yacoub se posta sur la place principale de Vienne, se mit debout sur un banc, et se concentra.I l choisit les plus belles histoires qu'il connaissait, celles de son enfance, celles qui l'avait faire rire ou pleurer de beauté, les plus subtiles, les plus cocaces. Les passants, intrigés, s'arrêtaient devant lui, l'écoutaient un instant, puis repartaient. Yacoub ne se décourageait pas."ils reviendront, là ils n'ont pas le temps, ou pas encore l'habitude. Je trouverai des contes encore plus beaux"
Le lendemain, il retourna à sa place. Les passants s'atardaient encore. Un peu moins que la veille. Certains même se moquaient de cet homme farfelu. Cela ne le décourageait pas, et il continuait de conter.
Il fit ainsi des jours et des jours; plus personne ne l'écoutait. Alors, il fermait les yeux, et se contait à lui-même ces passages magnifiques, pour le plaisir des mots, pour le plaisir de dire. Les mois passaient, il contait pour les feuilles tombantes, pour la neige qui s'accrochait à ses cheveux, pour saluer le retour des oiseaux.
Un jour, pendant qu'il modelait des phrases pour lui-même, un petit garçon vint le tirer par la manche.
"monsieur! Hé, monsieur!
"Oui mon petit, que veux-tu?
'Pourquoi vous continuez à parler? Regardez, personne ne vous écoute. Ca fait longtemps qu'il n'y a plus personne."
Yacoub regarda la place animée, les passant occupés à passer, les gens saturés de préoccupations.
"tu sais, mon garçon...Avant, je racontais pour changer le monde. Aujourd'hui, je raconte pour que le monde ne me change pas"